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Rainfolk's diaries

Partageons nos lectures ! Roman, polar, thriller, fantasy, fantastique, science-fiction, bd, jeunesse.

Lundi bleu, jour noir… Deuxième volet

Lundi bleu, jour noir…

 

Vendredi :

Clarisse n’a pas rappelé, mais le numéro mystérieux est resté dans la mémoire du téléphone.

Elle a l’enregistré en indiquant : « Georges ??? ». Comme ça, s’il rappelle, elle saura que c’est lui. Enfin, peut-être lui, elle n’est sûre de rien.

Dans l’atmosphère confinée de son petit appartement qui sent l’orange coupée restée sur la table, après le déjeuner, Clarisse pense à Georges. Tout le temps.

pause-cafe-ambiance

Elle ne peut pas s’en empêcher, et puis, ça se comprend : elle est si seule, depuis qu’elle a quitté l’entreprise, et ces histoires de confinement obligatoire n’arrangent rien. Avant, elle pouvait encore échanger quelques mots avec la caissière du grand supermarché de son quartier, aller dans les boutiques de la ville pour acheter une babiole, se promener, se changer les idées…

À présent, il n’y a que ces quatre murs, les rideaux affreux aux motifs d’oiseaux qui pendent aux fenêtres et que Clarisse ne supporte plus.

D’un geste brusque, elle les enlève, arrachant le tissu par endroits. De toute façon, ils ne cachent pas grand-chose, et puis, il n’y a plus personne dans les rues… parce que le virus tue.

« Le virus mute, il est dangereux. Je reste chez moi, je sauve des vies ».

Est-ce que Georges est rentré en France ? se demande Clarisse en remontant le drap sur ses épaules, juste avant de s’endormir…

 

SEMAINE 4 :

Lundi :

15 heures :

« Le virus mute, il est dangereux. Je reste chez moi, je sauve des vies », et Clarisse n’en peut plus.

Elle n’en peut plus de ne ressembler à rien, quand elle se regarde dans le miroir : elle voit une femme qui paraît sans âge, avec deux centimètres de racines de cheveux grisonnants. Normal, puisqu’elle ne peut plus aller chez la coiffeuse, les salons sont fermés, tout est fermé d’ailleurs, sauf sa boîte à souvenirs qui déroule sans fin des images d’amour et de baisers, du moins, c’est ce qui reste dans sa mémoire, le reste s’est effacé depuis longtemps : l’enfant dont Georges ne voulait pas parce qu’il était marié, et qu’il en avait déjà deux, une fille et un garçon.

Clarisse a oublié ce matin gris où elle est entrée à la clinique pour en ressortir deux jours plus tard, pâle et fiévreuse, le ventre vide…

Elle préfère se souvenir de ces moments volés, cet extraordinaire voyage qu’il lui avait offert : cette plage si douce, les cocotiers et puis le ciel si pur et l’eau turquoise…  

 

Elle tremble un peu, quand sa main saisit le téléphone, caresse l’écran, et puis, cherche dans la mémoire. La liste des contacts se déroule, A : Assurance, B : Bricorama… D : Dentiste, Dermatologue… E : Electricien, Elvire… F : Fleuriste, G : Garage, Georges ???, Gynécologue…

Une légère pression de l’index sur « Georges ??? », le cœur de Clarisse bat à tout rompre : vingt ans. Vingt longues années de silence sans se revoir, sans se parler…

Oui, vingt ans.

 

15h 15 :

Elle ne reconnaît pas sa voix : elle semble plus rauque, pour tout dire, différente…

Un simple mot, si banal : « allô ? » et Clarisse tremble de tous ses membres.

Elle raccroche, comme une idiote. Elle s’en veut aussitôt, se dit qu’elle rappellera à moins que lui ne le fasse.

 

16 h :

Il n’a pas rappelé.

Clarisse ouvre la fenêtre de sa cuisine, débarrassée du rideau laid. Elle respire l’air transparent, regarde la rue déserte, à l’exception de la minuscule épicerie où les clients attendent sur le trottoir, laissant un espace d’un à deux mètres entre eux.

Clarisse marmonne ce qu’elle entend à longueur de temps dans les médias : « Le virus mute, il est dangereux. Je reste chez moi, je sauve des vies ».

Elle referme la fenêtre, regarde la coupe de fruits qui trône sur la table en bois blanc : il reste une pomme brunie et une banane trop mûre. Clarisse fixe les taches noires de sa peau épaisse, pense qu’il est urgent qu’elle revoie Georges avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’elle ne ressemble à ce fruit décidément trop vieux. Ce fruit qui répand son odeur aigrelette dans toute la cuisine.

Bien sûr, même si Georges a divorcé, ils ne pourront pas reprendre leur histoire là où ils l’ont laissée… Et puis, elle est trop vieille à présent, pour avoir des enfants. Mais pas trop vieille pour l’aimer encore à la folie, pour l’aimer comme avant…

 

20h 30 :

Elle dîne d’un potage, d’un morceau de fromage et finit par la vieille banane : autant la consommer avant qu’il ne soit trop tard.

Clarisse en ôte les morceaux de chair brun foncé et trop sucrée, il reste quelques rondelles claires et comestibles.

Elle mange le fruit avec ses doigts, les léchant un à un comme une enfant.

Avant le repas, elle s’est lavé les mains ainsi que le recommande le Ministère de la Santé : avec du gel hydroalcoolique et du savon. Longuement.

La télévision est allumée, et c’est le même discours qui défile, commentant les mêmes images de catastrophe. Cette fois-ci, c’est une équipe de soignants d’un hôpital situé à Mulhouse qui crie en chœur : « Le virus mute, il est dangereux. Restez chez vous ! »

Au fond, Clarisse les plaint : ce doit être dur de travailler dans ces conditions, au milieu des couloirs où le virus circule sans aucun doute, l’impression que la mort rôde à chaque pas, dans chaque bouche qui s’ouvre pour parler ou qui s’éteint parce qu’il est trop tard…

 

23h 30 :

Incapable de trouver le sommeil…

La certitude qu’il faut rappeler Georges. Demain.

 

Mardi :

15 heures :

Elle a choisi la même heure qu’hier, comme ça, il saura que c’est elle.

Dès qu’il décroche, elle dit très vite :

  • Georges, c’est moi !

Elle a chuchoté dans l’appareil, mais il a très bien entendu. Il répond :

  • Qui ça, moi ?

La sueur coule le long de son dos, elle répète :

  • C’est moi, Georges !

Elle ne sait dire que ça. Elle devrait ajouter son prénom, mais il a dû reconnaître sa voix. La sienne a changé, on dirait qu’il a un accent, sans doute ses longues années passées aux Etats-Unis…

  • Je ne comprends pas, madame. Je suis désolée.

C’est comme un coup de massue, il ne l’a pas reconnue. C’est pourtant lui qui l’a appelée en premier, non ? Elle le lui dit :

  • Tu m’as appelée, Georges. La semaine dernière…

Il y a un silence, un silence qui ressemble à un gouffre soudain, sous ses pieds, le vide.

Mardi dernier, elle ajoute…

solange-schneider-pseudo-zalma

Retrouvez Lundi bleu, jour noir… Premier volet

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Commenter cet article

Marylou 02/05/2020 16:20

bonne distraction que cette lecture...bien qu'elle soit entamée je te souhaite une bonne fin de semaine

Bernie 02/05/2020 19:02

merci

trublion 02/05/2020 11:06

quel mufle !

Bernie 02/05/2020 19:02

exact