Comme une fleur au printemps...

En ce printemps désormais officiel, depuis samedi, voici un extrait d'une petite nouvelle de circonstance, où il est question de fleurs et de bien-être... et même, de se régénérer !

Mais attention, ce petit texte vous réserve bien des surprises, puisqu'il s'agit d'une nouvelle fantastique, où la tension grimpe peu à peu...

La suite de "Comme une fleur au printemps... " se trouve dans le recueil de nouvelles "Points de fuite".

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Comme une fleur au printemps... (Extrait)

La femme qui m’accueillit n’était ni belle, ni laide ; elle était vieille.

Elle m’installa confortablement dans le grand fauteuil vert, tout en me vantant les bienfaits de son Institut : je n’allais pas très exactement rajeunir, non, j’allais m’épanouir comme une fleur au printemps. L’image m’a semblé simple mais belle. Une fleur au printemps… À travers la baie vitrée, je voyais la neige tomber en petits flocons blancs, inlassablement, et j’étais fatiguée.

La veille, j’étais rentrée chez moi, les souliers trempés, et j’avais trouvé ce prospectus dans ma boîte aux lettres. Je ne l’avais pas jeté à cause de la fleur : une sorte de magnifique plante exotique, resplendissante, qui encadrait le texte ; celui-ci était sommaire. Il proposait d’éloigner morosité et anxiété en quelques semaines, à l’aide de massages doux aux huiles végétales. Il s’achevait ainsi : « Ayez confiance en vous ! Ayez confiance en nous… ». Suivaient le nom et l’adresse de l’Institut.

À présent, une musique douce me berçait et je fermais les yeux, allongée dans le large fauteuil vert aux contours doux. La femme se mit à prononcer des mots qui m’étaient familiers : énergie - régénération… ; mais qui, dans sa bouche, résonnaient étrangement… presque un murmure, une psalmodie lancinante. Elle a commencé à masser mes épaules, mes bras, mon cou tout en parlant. J’ai à peine perçu la douleur aiguë et brève qui traversait mon dos. Peu après, j’ai sombré dans un sommeil court et intense, peuplé de couleurs brillantes, de taches multicolores se déplaçant à vive allure.

Je me suis réveillée sous la pression d’une main écrasant le sommet de mon crâne. J’ai fixé la lampe bleue qui diffusait une lumière douce. J’entendais vaguement les paroles de la femme : il était toujours question de fleurs et d’énergie. Puis, les mains se sont posées sur mes tempes et les index ont appuyé avec force et précision. Ensuite, elles se sont déplacées pour presser mon thorax à plusieurs reprises. Après quoi, de sa voix usée mais chaleureuse, la femme m’a signifié que la séance était terminée.

J’ai répondu que j’étais encore fatiguée, vraiment très fatiguée, mais elle m’a rassurée : il était normal que je ne perçoive pas encore les bienfaits de son traitement ; il me faudrait revenir dans trois jours. Je n’avais rien à payer pour le moment.

La porte de l’Institut s’est refermée sur moi en tintant doucement.

J’ai marché dans la neige. J’avançais avec difficulté au milieu des flocons blancs, glacés, tourbillonnants. J’ai peiné à introduire la clé dans la serrure, à ôter mes vêtements épais, lourds, couverts de neige. J’ai préparé un thé brûlant. J’ai bu le thé et me suis couchée presque aussitôt. Mon corps, mes draps, mon lit embaumaient l’odeur persistante des fleurs des huiles de massage.

 

Trois jours plus tard, je suis retournée à l’Institut. Le visage de la femme m’a semblé plus gai, plus tonique, et son corps moins massif. À nouveau allongée dans le fauteuil vert, les yeux clos, je sentais la femme se déplacer autour de moi avec agilité. Ses doigts aussi étaient plus souples lorsqu’ils se sont posés sur mes tempes. Les pressions sur mon visage et sur mon corps n’en demeuraient pas moins fortes. L’odeur entêtante et sucrée des fleurs berçait à nouveau mes sens, m’enveloppait d’une douceur léthargique.

Une voix claire m’a tirée du sommeil où j’avais à nouveau glissé. La femme m’a regardée en souriant : je pouvais m’en aller à présent, et revenir si je le souhaitais une dernière fois. Je réglerais alors les séances ; le prix à payer ne devait pas m’inquiéter, a-t-elle ajouté….

rainfolk  Solange Schneider

Un texte signé Solange Schneider pseudo Zalma écrivain, auteur de « Chemins étranges » et « Points de fuite »

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Commenter cet article

Sai 25/03/2021 13:01

Une bien jolie plume...

Bernie 26/03/2021 09:57

Oui très jolie plume

Livia 23/03/2021 12:22

Cette fleur au printemps est haletante je vais aller sur les chemins étranges pour lire la suite.
Bonne journée

Bernie 24/03/2021 09:17

Bonne ballade sur les chemins étranges....

trublion 23/03/2021 07:22

le seul fait qu'on ne demande pas de payer devrait mettre la puce à l' oreille

Bernie 23/03/2021 11:22

c'est effectivement souvent le cas

biker06 23/03/2021 06:44

Je veux bien me faire masser par Solange....euh oui Soso !

Bernie 23/03/2021 11:23

Ah Pat je suis certain que ta Soso le fera si tu lui demandes.