Extrait de la nouvelle « Demain, tout ira bien… », du recueil de nouvelles « Chemins étranges », par Solange Schneider

Il est des histoires parfois étranges, parce que le psychisme peut être complexe… et même « clivé » : cet extrait montre cela, ce qui se passe lorsque les informations se situent à la lisière, entre la conscience et l’inconscience, lorsque ça effleure la surface sans vraiment émerger…

Cette nouvelle a une fin, bien sûr… une fin terrible, que vous trouverez dans le recueil de nouvelles « Chemins étranges »…

BONNE LECTURE !

femme piscine charme rainfolk diaries.
Nouvelle « Demain, tout ira bien… »

EXTRAITS :

 

AVRIL :

Elle se lève sans bruit, il fait encore nuit. Elle traverse le long couloir en titubant, respire mal tant l’air est moite, saturé d’eau. Elle marche en silence dans la maison trop grande et baignée de lumière éteinte, l’impression que le ciel est malade, noir de fatigue. Ses doigts poussent doucement la porte, ses pieds enflés de chaleur heurtent le carrelage tiède, sa main agrippe le mince rebord du lavabo : supporter le vertige, rafraîchir son visage, l’éclabousser d’eau claire et puis se recoucher. Ignorer la pesanteur dans le creux de ses reins, depuis presque trois mois.

Elle ne dit rien : demain, tout ira bien…

 

(…)

                                                         

JUILLET :

C’est l’été en Europe, des longues plages de repos et un autre dimanche. Ce matin, ils sont allés à l’aéroport, ont accueilli parents, oncles, neveux et tantes, ont expliqué que le climat ici est sans cesse humide, qu’ils vont s’y habituer. C’est une période de vie dans la vaste maison endormie, une période de rires et de draps frais tirés sur les lits dépliés. Jeanne pose les verres sur un grand plateau en laque bleue orné de dorures, sert l’orangeade où tintent quelques glaçons qui fondent presque aussitôt. Elle s’assoit au milieu des bavardages et des questions, des sourires et des souvenirs, des cadeaux déballés : une console de jeux pour Sébastien, pour eux, un album photos à remplir, ainsi qu’un petit vase en cristal inerte. Elle remercie, pose le vase dans l’entrée, sur le guéridon en bois précieux, se lève et dit qu’elle va préparer un « poulet à la française ».

Elle descend l’escalier, se dirige vers le congélateur : ne pas se tromper, ne pas fouiller plus bas… prendre le gros paquet qui se trouve à gauche au-dessus de la pile, ne pas confondre avec la droite où elle a mis les bûches glacées qu’elle a trouvées à Noël, dessert presque exotique ici.

***

L’après-midi s’étire à l’infini et Jeanne hésite, dans la pénombre de la chambre, se dit qu’après tout, son corps n’a pas changé, pas vraiment. Elle ouvre l’armoire, saisit un morceau de tissu en lycra sombre tandis qu’une voix crie : « Tu viens, Jeanne ? Elle est magnifique, cette eau ! » Elle enfile à la hâte le maillot qui découvre ses bras, ses jambes… sur sa tête, un large chapeau de soleil en paille, orné d’une fleur en tissu rouge et qui lui semble immense, énorme, écarlate, dévorant l’espace. Elle se dit que rien n’a changé et que tout ira bien, aujourd’hui comme demain…

Elle s’approche de la piscine, se pose tout au bord de l’eau, trempe ses pieds fins dans la fraîcheur. Elle entend les éclaboussures, les vagues que créent les enfants en jouant, ils poussent des cris de joie. Sébastien passe les doigts dans ses cheveux mouillés et les plaque en arrière, il ressemble alors à son père. Jeanne les regarde quand ils sortent de l’eau, trempés, et s’abattent en riant sur les transats dépliés sans même prendre la peine de se sécher.

Elle sent soudain un regard posé sur elle, se retourne, voit sa belle-sœur qui sourit, dit quelque chose qu’elle entend mal car elle a peur de comprendre des paroles dont elle ne reviendrait pas, elle a peur de ses yeux braqués sur son ventre à peine rond. Elle n’a rien dit, depuis six mois maintenant. Elle sait mais ne sait pas vraiment, alors elle se tait, se dit que tout ira bien, oui, aujourd’hui comme demain… et comme les autres fois, quelque chose de vague et de gluant, un vagissement à peine interrompu dont elle ne se souvient presque pas. Juste ce soleil aveugle qui brûle un peu ses yeux, l’eau bleue de la piscine comme un éblouissement, un aujourd’hui sans fin qui dévore sa mémoire défaillante…

rainfolk  Solange Schneider

Une nouvelle signée Solange Schneider pseudo Zalma écrivain, auteur de « Chemins étranges » et « Points de fuite »

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trublion 18/05/2021 07:34

Porter la vie d'un autre et quelque chose de pas si évident

Bernie 18/05/2021 18:55

C'est même complexe

biker06 18/05/2021 07:06

c'est comme ça quand la soirée de la veille on met de l'extasy dans son verre .....

Bernie 18/05/2021 18:56

Parfois même sans extasay