Quand j’ai appris pour Luce, ça m’a donné envie de vivre

Tous les mercredis, Yves Carchon, écrivain, nous ouvre son univers littéraire, en nous offrant le plaisir de la lecture d'une nouvelle ou d'une micro-fiction.

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Le ciel est venu me chercher…

Quand j’ai appris pour Luce, enfin tout ce micmac, la famille, les obsèques et les salamalecs, tout ce qui rend une mort grotesque, les pleurs, les homélies, le voyage jusqu’au cimetière, ce pantomimeux saint-frusquin…

Quand j’ai appris que Luce avait quitté le royaume des vivants et qu’on avait tout fait pour m’évincer, me tenir loin de cette cérémonie, vu le peu d’affection que tous avaient pour moi, je me suis rencogné, chagrin dans mon malheur, et ma peine était grande, Luce n’avait pu me dire adieu, j’étais bien convaincu qu’elle y tenait comme moi, après toutes ces années…

Et j’ai pleuré, pleuré, la revoyant comme aux plus beaux jours de sa gloire… du temps de sa splendide et incroyable beauté, avec ses longs cheveux dont elle faisait des nattes et que j’aimais…

Luce qui me souriait et qui m’avait souri longtemps, même quand j’allais la voir après ses indécentes séances de chimio et qu’elle portait une perruque…elle était mon amie…

Moi je n’ai jamais su ce que j’étais pour elle…mais elle riait quand j’étais là…m’embrassait sur la joue, me chahutait quand elle était en forme…je crois bien qu’elle m’aimait…je la sentais heureuse à mon côté et plus sereine…

Peut-être lui apportais-je la paix et la légèreté… J’ai dû pleurer une bonne journée, en repensant à elle, seul dans mon coin…

Quand j’ai appris pour elle, ça m’a donné envie de vivre, et vivre encore…Je pense qu’elle eût été mille fois d’accord…qu’elle n’aurait pas voulu que je suffoque sous les regrets…

Quand j’ai appris que jamais plus je ne retournerai la voir, là-bas, à l’hôpital, le ciel est venu me chercher avec tous ses nuages, et les arbres m’ont crié qu’ils m’attendaient aussi, et l’horizon aussi, et la Terre en goguette, et les étoiles m’ont hélé en lançant leurs œillades, et j’ai couru dans la campagne, longtemps, à perdre haleine, comme on s’abreuve à une fontaine…

Et qu’on n’en parle plus !

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Une micro-fiction signée Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son dernier polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

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jazzy57 16/06/2021 15:04

Toujours aussi prenantes les fictions du mercredi. Chacun a une attitude qui lui est propre vis à vis de la perte d'un être cher. En tout cas je comprends parfaitement cette volonté de vivre.
Bonne journée

Bernie 16/06/2021 18:47

je la comprends aussi.

biker06 16/06/2021 08:00

et pourquoi la famille ne l'acceptait pas ?

Bernie 16/06/2021 18:47

bonne question

trublion 16/06/2021 07:30

Mais pour l' âme il n' existe aucune barrière

Bernie 16/06/2021 18:47

c'est vrai