Mon fils ce petit guerrier - Anaëlle GUINÉ

Mon fils ce petit guerrier, d'Anaëlle Guiné est un roman fondamental dans le domaine de la prématurité.

Mon fils ce petit guerrier - Anaëlle GUINÉ rainfolk diaries
Mon fils ce petit guerrier

Lettre à mon enfant né, prématuré

Un roman incontournable pour comprendre le bouleversement de l'accueil d'un enfant prématuré.

L’histoire

Ses études terminées, une jeune femme rencontre l'amour et se marie. Le couple s'apprête à avoir un enfant mais l'heureuse nouvelle de la future naissance se transforme en un chemin vers l'inconnu : la grossesse est à haut risque, le bébé naîtra prématurément.

L'auteur, sous la forme d'une lettre à son fils Mathieu, livre un témoignage passionnant, plein d'émotion, sur un sujet qui touche de plus en plus de famille : la prématurité. Vivant, concret, bien documenté, le récit nous fait découvrir le combat pour la vie d'un « petit guerrier », les affres des futurs parents, leur courageuse odyssée. Avec délicatesse et un sens du suspens avéré, il explore le vécu d'une famille pas tout à fait comme les autres. Il se révèle aussi une mine de conseils et de renseignements pour ceux qui traversent cette épreuve ou sont intéressés par le sujet, véritable enjeu de société.

Extrait

« Enfants nés prématurés, parents métamorphosés ?

 La prématurité est un état qui peut laisser des séquelles aux enfants mais également à leurs parents et à leur entourage...

Ainsi, j'ai acquis de nouveaux réflexes et mon comportement a changé en profondeur. À l'euphorie et à la joie de ta sortie de l'hôpital, a succédé une anxiété qui a duré des jours et des mois, sous différentes formes. J'avais par exemple peur que tu cesses de respirer en pleine nuit et que je ne m'en rende pas compte.

À l'hôpital tu étais branché à de petites machines qui émettaient des sons, des « bips » qui décelaient anomalies ou éventuels problèmes. Grâce à ce dispositif, les infirmières ou les médecins pouvaient accourir aussitôt si tu étais en danger.

Dépourvue d'un dispositif semblable à la maison, je venais régulièrement près de ton couffin te voir dormir et vérifier que tout allait bien. Lorsque je te couchais, je pouvais entrer dans ta chambre trois, voire quatre fois pour te jeter un coup d'œil avant d'aller me coucher à mon tour. Tout prétexte était bon à prendre pour entrer dans ta chambre.

Déposer ton linge propre, tirer les rideaux afin de diminuer la luminosité de la pièce ou vérifier le chauffage ; je ne manquais pas d'imagination et de motifs divers et variés. Sans oublier qu'en pleine nuit, je me levais brusquement pour vérifier que tu n'avais pas dépassé l'heure de ton repas. C'est une habitude qui n'a pas disparu et je continue d'agir de la sorte, quasi machinalement. Bien évidemment, ce n'est plus pour les mêmes raisons mais juste pour m'assurer que tu vas bien.

Depuis ta naissance, ton papa et moi avions été habitués à prendre de tes nouvelles à n'importe quelle heure de la journée ou de la nuit quand tu étais en néonatologie. C'était également le cas de tous les parents dont les enfants étaient hospitalisés dans ce service.

Les soirs où je ne dormais pas à l'hôpital, je pouvais en pleine nuit appeler le service et avoir de tes nouvelles. Cette habitude s'est ancrée en moi et a été longue à disparaître. Quand tu es allé à la crèche à plein temps, je téléphonais une à deux fois par jour. Pour moi, c'était tout à fait normal, c'était devenu un réflexe.

J'avais besoin de tout savoir : si tu avais assez mangé, quelle quantité de lait, si tu avais dormi et combien de temps, etc. Je faisais partie de ces mamans qui aiment donner et prendre les détails des petites choses de la vie, comme des grandes. Parce qu'en parlant, en échangeant, on humanise la dure réalité, on la combat aussi.

Mon comportement n'était pas différent pendant notre séjour à l'hôpital. J'avais besoin de comprendre pour mieux accompagner, pour résister au surgissement de l'inconnu, à la peur qu'engendre l'ignorance. Je voulais être une maman curieuse et motivée, une maman jusqu'au bout.

Je n'y trouvais rien d'anormal jusqu'au jour où une amie proche m'a fait remarquer que si toutes les mamans téléphonaient comme moi, le personnel aurait beaucoup moins de temps pour s'occuper réellement des bébés.

Cette remarque pleine de bon sens m'a fait rire et ce n'est qu'à cet instant que j'ai compris que j'en faisais peut-être un peu trop ! Je me souviens, quelques semaines après la réflexion de mon amie, avoir demandé à la directrice de ta crèche si mes appels fréquents n'étaient pas dérangeants.

Sa réponse : « Mais non, vous appelez juste ce qu'il faut » était parfaitement professionnelle ! Elle savait tout de ton histoire et de notre parcours. Comme nous avons apprécié cette attitude compréhensive, cette attention à tes besoins parfois particuliers durant les trois années passées dans cette structure !

À partir de ce dialogue avec la directrice, j'ai commencé à diminuer légèrement mes appels. J'y suis allée à mon rythme et au fil des mois et années, j'appelais, comme toutes les mamans, seulement les jours où tu étais souffrant.

Traumatisés ou plutôt métamorphosés, les parents d'enfants nés prématurés se montrent excessivement attentifs à la santé de leur bébé ; ils voient, en quelque sorte, la main de la prématurité dans chaque signe, chaque indice d'une quelconque maladie. Ces tendances à la surprotection, à une vigilance inquiète ne sont, ni plus, ni moins, que des séquelles parmi d'autres de cette naissance venue avant terme. »

Anaëlle GUINÉ

Anaëlle GUINÉ, diplômée de Kedge Businnes School à Bordeaux, est passionnée par la musique, la danse et les voyages. Sensible et pugnace, elle aime partager ses expériences. Elle est aujourd'hui maman de deux enfants. Ce livre est son premier.

Elle est aussi l'auteur d'un journal de naissance, à l'attention des parents de bébés nés prématurés.

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