Quand la tendresse côtoie la colère, et que les souvenirs se dissipent dans les éclats de rire… « J’aime pas le jaune » de La Sande s’impose comme un roman choral bouleversant, à la frontière du quotidien et de l’intime. Dans une maison toulousaine un peu bancale mais pleine de vie, se croisent des êtres cabossés, drôles, attachants — tous à la recherche d’un endroit où poser leur passé. Avec une plume vive et pudique, La Sande tisse une fresque intergénérationnelle poignante, où les silences en disent long, et où le jaune, loin d’être une couleur joyeuse, devient le fil discret de nos douleurs refoulées.
Une voix singulière dans le paysage littéraire francophone
Après le succès critique de Un corps étranger, La Sande confirme son talent de conteuse du quotidien avec J’aime pas le jaune, un roman qui s’inscrit dans la lignée de ces fictions contemporaines sensibles — dans la lignée de ces romans contemporains qui auscultent l’intime avec justesse, à l’image de La Loterie de Delphine Bell, où le hasard et la tendresse se frôlent dans un même souffle romanesque — où les destinées ordinaires prennent une résonance universelle. Dans une époque où la littérature explore de plus en plus les fragilités humaines et les liens intergénérationnels, ce roman trouve sa place dans une veine à la fois intimiste et lumineuse. Il évoque les échos des œuvres de Delphine de Vigan ou de Sorj Chalandon, mais avec une tendresse toute personnelle et une attention aux détails qui font la vie.
Une colocation pleine de vie et d’émotions
« J’aime pas le jaune », publié en mai 2025 aux éditions Il Est Midi, est un roman qui vous saisit dès les premières lignes pour ne plus vous lâcher. Tendre, drôle, poignant, il explore avec finesse les liens familiaux, les blessures anciennes, et les élans du cœur dans un quotidien à la fois banal et extraordinaire. La Sande y tisse une fresque émotive dans laquelle chacun pourra se reconnaître.
Dans le quartier des Minimes à Toulouse, vous découvrez une colocation peu ordinaire : Joe, menuisier de 49 ans, et sa sœur Marie-Laure, serveuse de 32 ans, partagent le logement de leur grand-mère Juliette, nonagénaire au caractère bien trempé. L’arrivée de deux sœurs cabossées par la vie et d’un jeune restaurateur en quête de rédemption vient bouleverser leur équilibre fragile.
C’est le début d’une aventure humaine riche en nuances, dans laquelle le rire le dispute souvent aux larmes.
Une galerie de personnages attachants
Chaque protagoniste du roman est finement dessiné, avec ses contradictions, ses douleurs, et ses élans de tendresse.
Juliette, la grand-mère, est un personnage inoubliable. Sa mémoire vacille, mais son franc-parler, son humour décapant et son amour inconditionnel pour ses petits-enfants lui donnent une puissance narrative bouleversante. Elle incarne à elle seule la thématique du vieillissement, de la mémoire, et de l’héritage affectif.
Joe, l’aîné taiseux au cœur tendre, et Marie-Laure, sa sœur vive et parfois désabusée, composent un duo complice et tendre. Leur quotidien auprès de Juliette, entre agacement et affection, sonne juste. À cette base déjà solide, s’ajoutent deux sœurs blessées par la vie, en quête de réconfort, et un jeune chef restaurateur hanté par ses fautes, qui vient troubler la surface calme de cette maison en colocation.
En les découvrant, vous aurez le sentiment de rejoindre une famille élargie, de celles qu’on aurait aimé avoir, ou qu’on reconnaît dans ses propres souvenirs.
Des thématiques universelles, abordées avec douceur
La Sande ne cherche pas l’effet de style. Elle écrit comme on filme, avec une caméra discrète mais toujours à la bonne distance. Vous vous promenez dans les pièces de cette maison toulousaine, sentez l’odeur de la brioche chaude, entendez les disputes affectueuses dans la cuisine, et percevez les silences lourds de non-dits.
Voici les grandes thématiques du roman, que vous découvrirez avec émotion au fil des pages :
La famille, dans toute sa complexité
Ici, il n’est pas question de famille idéale. Les liens sont tissés de maladresses, de rancunes, de gestes tendres et d’instants suspendus. C’est une famille réelle, comme la vôtre peut-être, où l’amour se dit mal mais se prouve dans les petits riens.
Vieillesse et mémoire vacillante
À travers le personnage de Juliette, le roman aborde la maladie d’Alzheimer avec une délicatesse rare. Il ne s’agit pas d’un drame médical, mais d’un regard aimant sur la vieillesse, la perte de repères, et la nécessité d’accompagner sans infantiliser. Juliette, malgré ses absences, reste l’âme de la maison.
Deuil et résilience
Certains personnages sont habités par des fantômes, qu’ils soient ceux de proches disparus ou de fautes passées. La Sande nous montre comment chacun tente, à sa façon, de vivre avec ses blessures et d’apprendre à se pardonner.
Colocation intergénérationnelle
Ce modèle de vie, souvent idéalisé ou caricaturé, prend ici une vraie épaisseur. Loin d’un simple dispositif social, la cohabitation entre générations devient une expérience profondément humaine, faite de conflits, d’apprentissages et de transformations.
Une narration ancrée et cinématographique
L’écriture de La Sande est vive, sensible, presque visuelle. Elle vous emmène au cœur des scènes comme si vous étiez dans la pièce, assis dans le vieux fauteuil de Juliette ou accoudé au comptoir d’un café du quartier.
Les dialogues sont ciselés, les silences sont parlants. Vous riez, vous êtes ému, parfois bouleversé. C’est cette capacité à mêler légèreté et profondeur qui rend le roman si attachant.
L’ancrage toulousain, notamment dans le quartier des Minimes, ajoute une authenticité plaisante à la lecture. Les commerçants, les habitudes de quartier, les odeurs, les ambiances : tout cela contribue à faire de ce lieu un personnage à part entière.
Une œuvre riche en symboles
« J’aime pas le jaune » n’est pas un roman à messages, mais il est riche en motifs symboliques, qui donnent une profondeur supplémentaire à l’histoire.
Le jaune, couleur ambivalente
Titre du roman et fil rouge narratif, cette couleur symbolise à la fois la lumière et la maladie, la joie et la trahison. Pour Juliette, elle évoque un souvenir douloureux. Ce rejet du jaune devient une métaphore du refus de l’oubli, de l’acceptation de la déchéance, mais aussi une lutte contre l’érosion de soi.
Reflets, objets et souvenirs
Les miroirs, les photos jaunies, les petits objets du quotidien sont autant de témoins du temps qui passe, des souvenirs qui s’effacent ou se figent. Ces détails renforcent la dimension poétique du roman.
Les oiseaux
Juliette est souvent comparée à un oiseau, fragile et libre. Ce symbole récurrent évoque la légèreté face à la mort, mais aussi la force d’une vie encore vibrante malgré la vieillesse.
Conclusion : un roman qui reste longtemps en vous
Une lecture qui touche juste
« J’aime pas le jaune » est un roman de tendresse, de chaos familial, d’amour rugueux et de souvenirs qui s’effilochent. Il parle de vous, de vos proches, de vos pertes, de vos élans du cœur. Il parle de la vie, tout simplement. Vous pouvez le commander maintenant pour en faire votre livre de l’été.
Avec une justesse bouleversante, La Sande réussit le pari de faire rire sans légèreté, d’émouvoir sans pathos, de dire l’indicible avec douceur. Ce roman vous accompagnera bien après la dernière page, comme un souvenir précieux, ou une conversation avec une personne chère.
Titre : J’aime pas le jaune
Autrice : La Sande
Nombre de pages : 170 pages
Date de parution : 7 mai 2025
Editeur : éditions Il est Midi
ISBN 978-2494282773
💬 Et vous, quelle couleur symbolise votre mémoire ? Avez-vous connu des colocations, choisies ou imposées, qui ont changé votre vie ? Partagez vos impressions en commentaire !








4 commentaires
Un titre intéressant sur les liens entre générations, et l’importance du vivre ensemble.
Oui, c’est un sujet d’actualité.
Un sujet intéressant qui nous questionne sur notre capacité de vivre ensemble…
Une excellente lecture.