Découvrez l’incroyable destin d’Iris dans « Les naufragés de la mère », une autofiction poignante signée par l’artiste toulousaine Laïna Hadengue.

Titre : Les naufragés de la mère
Autrice : Laïna Hadengue
Date de parution : 2 mars 2026
Nombres de pages : 334 pages
Éditeur : éditions Douro
Collection : Interactions
ISBN : 978-2384065981
Les naufragés de la mère n’est pas seulement un livre, c’est une traversée émotionnelle en eaux troubles. Quand une artiste de la trempe de Laïna Hadengue, figure majeure de la peinture contemporaine, décide de poser ses pinceaux pour prendre la plume, le résultat est forcément vibrant. Pour moi, ce récit autobiographique est une déflagration qui explore les cicatrices de l’enfance avec une justesse rare. Je vous invite à plonger dans cette œuvre où la douleur se transforme, page après page, en une lumière éclatante.
Un séisme familial au cœur des années 1960
Tout commence en mai 1968. Alors que la France gronde, le monde de la petite Iris, six ans, s’écroule en une phrase : « Les enfants, votre mère est partie. » Six mots qui agissent comme un tsunami émotionnel. Pour moi, la force de ce début de roman réside dans sa simplicité dévastatrice. On suit Iris, enfant du milieu au sein d’une fratrie de cinq, qui doit brusquement apprendre à respirer sans l’oxygène maternel.
L’auteure nous place à hauteur d’enfant. Vous ressentirez, comme je l’ai ressenti, cette attente insupportable, ce vide abyssal qui s’installe dans une banlieue bordelaise. Les naufragés de la mère décrit avec une précision chirurgicale ce moment de bascule où l’insouciance s’évapore pour laisser place à la survie.
La figure du père : un pilier dans la tempête
Dans ce chaos, un homme se dresse : le père. J’ai été profondément touché par la manière dont Laïna Hadengue réhabilite cette figure paternelle, souvent laissée dans l’ombre des récits d’abandon. Ce père est une présence solaire, un roc qui tente de maintenir le navire à flot malgré la houle.
La fratrie se serre les coudes. C’est magnifique de voir comment ces cinq enfants, malgré leurs différences d’âge, s’unissent pour protéger leur père et se protéger eux-mêmes. Mais l’absence est un poison lent. « Attendre et se laisser consumer par les effluves amers de la peine », écrit l’auteure. Cette phrase m’a hanté tant elle résume la condition de ces enfants « naufragés » sur la terre ferme.
Les naufragés de la mère : face à une génitrice toxique
Le récit s’étale sur trente ans, nous permettant de voir Iris grandir, de Bordeaux à Montauban, en passant par la Provence. Mais le spectre de la mère n’est jamais loin. Lorsqu’elle réapparaît, ce n’est pas pour réparer, mais pour exercer une emprise psychologique douloureuse.
Personnellement, j’ai trouvé l’analyse de la manipulation narcissique extrêmement fine. La mère d’Iris est une femme complexe, dangereuse, qui souffle le chaud et le froid. Le roman interroge : peut-on vraiment se reconstruire quand le lien premier, celui de la naissance, est perverti ? Vous découvrirez comment Iris doit mener un combat intérieur pour ne pas se laisser noyer par cette mère toxique, tout en cherchant désespérément sa propre place de femme.
L’art comme unique bouée de sauvetage
Pour Laïna Hadengue, la création n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale. Face au silence ou aux mensonges familiaux, Iris se réfugie sous un saule pleureur ou dans ses dessins. C’est là, je pense, le cœur du livre : montrer comment la vocation artistique naît des traumatismes.
L’art devient un pont au-dessus du gouffre. Le roman est d’ailleurs enrichi d’esquisses inédites qui dialoguent avec le texte. On sent que pour l’auteure, écrire Les naufragés de la mère a été une manière de « peindre avec des mots » les cicatrices invisibles. Cette dimension esthétique apporte une poésie bienvenue qui vient adoucir la dureté du récit.
Rencontres marquantes et éveil de la conscience
Le parcours d’Iris est aussi jalonné de moments de grâce et de rencontres intellectuelles. Un passage m’a particulièrement marqué : celui où l’adolescente dîne avec Cabu et André Glucksmann. Ces figures de la liberté d’expression et de l’engagement vont forger la conscience de la jeune fille.
C’est un épisode formateur qui montre comment l’ouverture au monde et à la culture peut aider à s’extraire d’une tragédie familiale. Iris comprend que sa voix compte, que sa souffrance peut se transformer en un engagement créatif puissant. C’est ce même feu qui poussera plus tard Laïna Hadengue à défendre la liberté d’expression après la censure d’une de ses œuvres sur les réseaux sociaux.
Laïna Hadengue explore les cicatrices de l’enfance avec une force rare
Il y a des romans qui ne se contentent pas de raconter une histoire : ils ouvrent une brèche. Les naufragés de la mère, de Laïna Hadengue, fait partie de ceux-là. Dès les premières pages, j’ai senti que je n’étais pas simplement en train de lire un récit d’abandon, mais que j’entrais dans une mémoire vive, une matière sensible, presque vibrante. Ce livre m’a accompagné plusieurs jours après l’avoir refermé, comme un écho persistant.
Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est la manière dont Hadengue parvient à restituer l’enfance sans la trahir. Elle ne l’idéalise pas, elle ne la simplifie pas : elle la laisse parler, avec ses zones d’ombre, ses incompréhensions, ses fulgurances. Iris, l’héroïne, n’est pas une narratrice omnisciente ; elle est une petite fille qui encaisse, qui observe, qui tente de comprendre ce qui ne peut pas l’être. Pour moi, cette justesse est l’une des grandes forces du roman. L’autrice ne cherche jamais à surplomber son personnage : elle l’accompagne, elle l’écoute, elle la laisse respirer.
Le thème de l’abandon maternel pourrait facilement verser dans le pathos. Ici, rien de tel. Hadengue écrit avec une sobriété qui n’enlève rien à l’émotion, bien au contraire. Sa phrase est nette, précise, parfois presque sèche — et c’est cette retenue qui rend le texte bouleversant. J’ai été particulièrement touché par la manière dont elle réhabilite la figure paternelle, souvent reléguée au second plan dans les récits familiaux. Le père d’Iris n’est pas un héros, mais un homme debout, qui tient bon, qui aime sans bruit. Cette présence masculine, discrète mais essentielle, donne au roman une profondeur inattendue.
L’autre dimension qui m’a profondément intéressé, c’est la place de l’art. Hadengue, artiste elle-même, ne tombe jamais dans l’autocélébration. Elle montre comment la création devient un refuge, un espace de survie, un moyen de recomposer ce que la vie a fracturé. Les passages où Iris découvre la puissance des images, des couleurs, du geste créatif sont parmi les plus beaux du livre. Pour moi, ils donnent au roman une respiration, une lumière qui empêche le récit de sombrer dans la noirceur.
Enfin, il faut saluer la construction narrative, subtile et maîtrisée. Le roman avance par strates, par retours, par fragments qui se répondent. Cette structure reflète parfaitement le travail de la mémoire : non linéaire, parfois chaotique, mais toujours sincère. J’ai aimé me laisser porter par cette architecture souple, qui donne au texte une musicalité particulière.
Les naufragés de la mère est un roman de douleur, certes, mais aussi — et surtout — un roman de résistance. Hadengue y explore les cicatrices de l’enfance avec une force rare, sans jamais céder à la facilité ni à l’excès. C’est un livre qui touche, qui dérange parfois, qui éclaire souvent. Un livre qui, pour moi, mérite largement d’être découvert, partagé, discuté.
Un roman qui laisse une trace. Une vraie.
FAQ : Tout savoir sur le roman Les naufragés de la mère
L’ouvrage est écrit par Laïna Hadengue, une artiste plasticienne et peintre toulousaine de renommée internationale, dont c’est le premier roman autobiographique.
Le récit retrace trente ans de la vie d’Iris, marquée par l’abandon de sa mère en 1968, et explore sa reconstruction par l’art face à une famille fracturée.
Le livre traite de la résilience, de la manipulation maternelle, de l’importance de la figure paternelle et du rôle salvateur de la création artistique.
Pourquoi vous devez lire Les naufragés de la mère ?
Ce roman autobiographique est une leçon de résilience. Il aborde des thèmes universels : le divorce, le pardon impossible, la santé mentale et la force des liens fraternels. Le style évolue magnifiquement avec l’âge du personnage, passant de la candeur enfantine à la lucidité acérée de la femme adulte.
Pour moi, c’est une œuvre nécessaire pour quiconque a déjà ressenti le poids des secrets de famille. Laïna Hadengue signe ici une entrée magistrale en littérature, prouvant que même après le pire des naufrages, il est possible de regagner le rivage et de construire un empire de beauté.
Si cette exploration des tréfonds de l’âme vous a touché, je vous suggère de prolonger votre réflexion avec une autre œuvre singulière. Je vous invite à découvrir ma chronique sur Gracier la bête de Gabrielle Massat, un récit qui questionne lui aussi nos parts d’ombre avec une intensité remarquable.
Et vous, avez-vous déjà ressenti que l’art ou l’écriture pouvaient guérir vos blessures les plus profondes ? Partagez vos impressions et vos expériences en commentaire, j’ai hâte de vous lire !







2 commentaires
J’aime bien cette idée que l’art puisse aider à la résilience.
Belle chronique qui me donne envie de mettre ce livre dans ma liste de livres à lire.
Merci Bernie.