La nuit, la grande nuit, elle s’y fondit bientôt

Tous les mercredis, Yves Carchon, écrivain, nous ouvre son univers littéraire, en nous offrant le plaisir de la lecture d'une nouvelle ou d'une micro-fiction.

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En haut roulait le ciel…

La nuit, on la voyait se déhancher entre les arbres, draguer le ciel avec toutes ses étoiles, noircir ce qui restait encore du jour mourant, avec ses traînées roses et rouges, en débandade et en kyrielles, s’effilochant comme les lambeaux d’un tissu mal taillé, à moitié effrangé.

La nuit avait pris possession de ce coin de campagne où s’étendaient champs et chemins qui déjà sentaient l’air du soir leur caresser la peau à rebrousse-bosquets... Au loin quelques lumières apparaissaient dans les premières maisons…

L’écho de l’aboiement d’un chien le sortit de lui-même, de cette étrange torpeur qui lui poissait les tempes, lui comprimait le cœur et lui paralysait les mains. Il voulut sangloter, encore sonné par ce qu’il avait accompli sans qu’il en eût vraiment conscience, quelques minutes plus tôt. Un crime : ça s’appelait un crime, ce qu’il avait commis avec ses propres mains.

La nuit était venue si vite.

Et l’ombre marchant sur le chemin l’avait comme aimanté vers elle. Une gamine qui rentrait. Tout était noir autour de lui. La nuit flirtait toujours avec le firmament, et la lune qui brillait, révélait à ses pieds le petit corps où scintillait une trace rouge. La lune, il lui aurait craché dessus tant elle semblait sourire et de se repaître de son malheur.

Debout, il s’apaisa en regardant la voûte céleste. Il entendit alors une voiture qui arrivait. Il vit bientôt les phares qui jaunirent la route et qui bientôt l’aveugleraient.

Alors, il la tira dans les bosquets et se coucha sur elle, de peur d’être surpris. A leur hauteur, la voiture ralentit comme si elle hésitait à rejoindre la nuit.

La nuit, la grande nuit, elle s’y fondit bientôt.

Puis ce fut le silence. Et il pensa qu’il était temps de déguerpir. En haut roulait le ciel et sur son axe dansait la Terre. Il essuya sa lame ensanglantée sur un tapis de mousse et reprit son chemin.

 

Une micro-fiction signée Yves Carchon, écrivain, auteur de "Riquet m'a tuer", de "Vieux démons", de « Le Dali noir », et de son dernier polar « Le sanctuaire des destins oubliés »

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Saiwhisper 22/04/2021 16:42

Une silhouette que je n'aimerais pas croiser lors de balades nocturnes. (Enfin, avant le couvre feu ! xD)

Bernie 23/04/2021 18:31

Je peux te comprendre

Renée 21/04/2021 16:23

Mince je m'attendait pas cette chute!

Bernie 22/04/2021 14:36

Yves a le sens de la chute

trublion 21/04/2021 07:02

brrr

Bernie 21/04/2021 10:46

ça fait réfléchir

biker06 21/04/2021 06:31

Nous sommes dans la nuit depuis 4 ans avec le serial tiller qui se nomme Macrondogan !
@+

Bernie 21/04/2021 10:46

le compte à rebours à commencer...